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Le message du pasteur sur

Matthieu 4. 18-20 - Culte synodal de fin d'AGS

Frères et soeurs, 

le pasteur Wilbert Kreiss a écrit un sermon pour le Dimanche du Bon Berger qui m’accompagne depuis plus de vingt ans. Il y est question du ministère, de ses peines et de ses joies, de ses épreuves et de ses délivrances. Il m’a semblé important que vous l’écoutiez à nouveau ce matin, en cette fin d’assemblée synodale consacrée aux vocations pastorales. Et ce sera aussi une manière d’hommage à celui qui a formé tant de pasteurs.

"Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis" dit le Seigneur à ses disciples (Jn 10.11). Seulement, voilà : Jésus-Christ est remonté au ciel. Le bon berger prend soin de ses brebis du haut du ciel ! C’est de là-haut qu’il dirige son troupeau sur les verts pâturages et près des eaux paisibles, ce qui veut dire qu’il utilise des hommes pour prendre soin de ses brebis, les protéger, les guider et les sauver. Voilà pourquoi il dit à Simon Pierre : "Nourris mes brebis. Prends soin de mes agneaux" (Jn 21.15s). Voilà aussi pourquoi l’apôtre Paul dit aux pasteurs de l’Eglise d’Ephèse : "Faites donc bien attention à vous-mêmes et à tout le troupeau dont le Saint-Esprit vous a confié la responsabilité ; prenez soin de l’Eglise de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang" (Ac 20.28). Le troupeau appartient au Seigneur, le bon berger, mais celui-ci le confie aux bergers de son choix. Utilisant une autre image, Jésus dit à ses disciples : "Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Aussitôt, ils laissèrent les filets et le suivirent" (Mt 4.19-20). Bergers ou pêcheurs, les pasteurs travaillent pour le Seigneur.
Regardez ce premier dessin. Il provient d’un Nouveau Testament illustré par Annie Vallotton. L’un des hommes est l’apôtre Pierre. C’est l’homme à qui Jésus a dit "Nourris mes brebis. Prends soin de mes agneaux" et "Je te ferai pêcheur d’hommes." Ou bien encore : "Ce que tu lieras sur la terre aura été lié au ciel, et ce que tu délieras sur la terre aura été délié au ciel. " (Mt 16.19)
Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est simple : Jésus accomplit sa promesse en choisissant des bergers qui travaillent sous ses ordres. Ces bergers, ce sont les pasteurs. Ils agissent en son nom : "Tout comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie", dit-il (Jn 20.21). "C’est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres… comme bergers et enseignants, écrit Paul. Il l’a fait pour former les saints aux tâches du service en vue de l’édification du corps de Christ" (Ep 4.10-12). Les disciples n’ont pas choisi d’être les apôtres du Christ, mais c’est lui qui est allé les chercher et les a pris à son service.
Ou alors, en changeant d’image : Jésus est le patron de pêche. Il a des marins-pêcheurs à son service qu’il envoie en mer pour jeter le filet. Regardez le dessin.

Pierre et son compagnon tiennent dans leurs mains un filet rempli de poissons. Ce filet, c’est l’Evangile. Pierre est chargé de prêcher la parole de Dieu et d’amener beaucoup d’hommes à Jésus-Christ pour qu’il les sauve. C’est le travail qui lui est confié, et c’est à ce travail que Pierre se consacrera toute sa vie. Prêt à mourir pour le Seigneur, s’il le faut. Et il sait que les poissons qu’il attrapera ne seront pas pour lui, mais pour le Seigneur. Le troupeau appartient à Jésus-Christ qui est mort pour que les brebis aient la vie éternelle. Les poissons qui sont pris sont pour Jésus-Christ.
Et ce filet, d’où vient-il ? Qui l’a donné à Pierre ? Est-ce l’apôtre qui a choisi de s’en servir et de travailler pour le Christ ? Non. Pierre était pêcheur de poissons. Mais un jour, Jésus lui dit, à lui et aux autres disciples : "Suivez-moi, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent" (Mc 1.17). Voilà comment Pierre a mis sa vie au service de Jésus et est devenu un pêcheur d’hommes.
Il en va de même pour vos pasteurs et pour tous les pasteurs et missionnaires du monde. Sans doute ont-ils souhaité à un moment donné devenir pasteur, c’est-à-dire berger au service de Jésus-Christ. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils sont entrés dans le ministère. Ils y sont entrés parce que le Christ les a appelés à son service à travers l’Eglise. Ils ont reçu un appel de l’Eglise et à travers lui, ils ont discerné un appel divin et ils l’ont accepté.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien tout simplement que dimanche après dimanche et bien des fois aussi dans la semaine, ils jettent un filet pour attraper du poisson qu’ils veulent apporter à Jésus-Christ. Dimanche après dimanche, jour après jour, ils rassemblent, nourrissent et gardent un troupeau qu’ils conduisent à Jésus-Christ. Qui leur a confié cette tâche ? D’où vient leur mission ? Qui leur a mis un filet entre les mains ? Le même que celui qui a dit à Simon Pierre : "Je te ferai pêcheur d’hommes" ou encore : "Qu’on vous considère comme des serviteurs de Christ et des administrateurs des mystères de Dieu" (1Co 4.1).
En clair, remplacez le prénom "Pierre" par celui de vos pasteurs et saluez en eux les hommes que Jésus-Christ a choisis pour prendre soin de vous et vous guider sur le chemin de la piété et de la vie éternelle.
Regardez bien le filet que Simon tient dans la main et que le Seigneur lui a donné. Les poissons qu’il renferme, c’est vous, chacun de vous. Les pasteurs le jettent et le rejettent pour vous attraper, vous prendre et vous garder. Non pas pour eux, mais pour celui qui vous a rachetés et à qui vous appartenez. L’image ne le dit peut-être pas, mais les poissons ne sont pas à eux. Ils travaillent pour le Christ. C’est vous qui les payez, c’est vrai, mais ils ne sont pas vos employés et vous n’êtes pas leurs employeurs ; ils sont les employés du Christ qui les a appelés à son service. Et s’ils sont responsables devant vous de la façon dont ils exercent leur ministère, leur Chef suprême et leur seul patron est le Christ devant qui ils devront un jour rendre des
comptes. Alors, saluez dans vos pasteurs les hommes que le Christ vous a donnés et dont vous avez besoin pour grandir dans la foi.
Témoignez-leur aussi l’affection et la reconnaissance auxquelles ils ont droit. Ne l’oubliez pas : avec leur niveau d’études, il y a des métiers qui sont plus faciles et plus lucratifs que celui-là ; et ils portent une lourde responsabilité devant le Seigneur.
Affection et reconnaissance. Mais aussi obéissance. Non pas l’obéissance à leur personne, car ils ne sont pas plus importants que vous dans le royaume de Dieu, mais l’obéissance à leur message. Jésus a dit aux disciples : "Celui qui vous écoute m’écoute. Celui qui vous rejette me rejette. Et celui qui me rejette, rejette celui qui m’a envoyé" (Lc 10.16). Les gens ont parfaitement le droit de rejeter l’Evangile prêché par un pasteur, mais ils doivent savoir alors qu’ils rejettent l’Evangile que Jésus l’a chargé d’annoncer. Ils rejettent donc Jésus lui-même. Ce qui veut dire que Jésus les rejettera à son tour. C’est un choix à faire.
Alors sachez que, même quand les pasteurs vous rappellent à l’ordre, lorsqu’ils vous avertissent et même lorsqu’ils vous demandent de changer de conduite et d’attitude, ils ne le font ni pour leur plaisir ni parce qu’ils se croiraient meilleurs que vous, mais parce que Jésus-Christ les en a chargés. Si un jour ils doivent vous reprendre parce que vous devenez négligents dans votre foi, ils le feront parce que le Christ les en a chargés. Et si un jour vous deviez tomber dans un grave péché et qu’ils devaient vous sommer de vous repentir, de demander pardon à Dieu et de changer de vie, sachez-le encore une fois : ils le feraient parce que le Christ les en a chargé. Dieu dit au prophète Ezéchiel : "Fils de l’homme, je te donne comme sentinelle à la communauté d’Israël. Tu écouteras la parole qui sort de ma bouche et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : ‘Tu vas mourir, c’est certain’, si tu ne l’avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir le méchant afin qu’il renonce à sa mauvaise conduite et reste en vie, ce méchant mourra à cause de sa faute, mais je te réclamerai son sang" (Ez 3.17-18).
Voilà pourquoi il est écrit dans l’Epître aux Hébreux : "Obéissez à vos conducteurs et soumettez-vous à eux, car ils veillent sur votre âme en homme qui devront rendre des comptes. Ils pourront ainsi le faire avec joie et non en soupirant, ce qui ne vous serait d’aucun avantage" (Hé 13.17).
Tout pasteur qui exerce fidèlement son ministère est un envoyé du Christ et donc son représentant. Un pasteur, un fidèle berger du troupeau de Jésus-Christ, est taillé dans le même roc que son Maître. Si notre Eglise est opposée au ministère pastoral des femmes, ce n’est pas par sexisme, parce qu’elle serait "macho" ou ne saurait pas apprécier les femmes et les dons que le Seigneur leur accorde, mais parce que l’exercice du ministère pastoral est revêtu de l’autorité-même du Christ, que le pasteur agit en son nom et qu’une femme n’est pas faite pour représenter le Christ.

C’est pour cela que Jésus n’a pas choisi de femmes comme apôtre. L’apôtre inspiré écrit : "L’homme est l’image et la gloire de Dieu ; la femme, elle, est la gloire de l’homme" (1Co 11.7 et suivants ; voir aussi 1Tm 2.11-12 et 1Co 14.34).
Biens aimés, aimez vos pasteurs, respectez-les, obéissez-leur et écoutez ce qu’ils ont à vous dire, car ils font ce que représente le dessin que vous avez devant les yeux : "Je vous ferai pêcheurs d’hommes". Ils tiennent, étendent et tirent sur le rivage un filet que le Seigneur leur a mis entre les mains. Ils ont un Maître dans le ciel et travaillent à son service. C’est à sa demande et en son nom qu’ils veulent vous prendre au filet ; non pas pour vous dominer, mais pour vous remettre entre les mains de Jésus-Christ, votre bon berger, votre Seigneur et votre Roi.

Passons maintenant à un second dessin. Regardez cet homme malmené, torturé par la douleur. Un coq à côté de lui rappelle le crime qu’il a commis : il a renié son Maître à trois reprises et juré qu’il ne le connaissait pas. Le remords lui fait incliner la tête et ses mains couvrent son visage. On ne voit ni ses yeux, ni son nez, ni sa bouche. Il cache ses larmes et sa peine. Quelle terrible erreur n’a-t-il pas commise ! Il se croyait plus fort, plus engagé, plus consacré, plus fidèle, en un mot meilleur que les autres.
"Même s’il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas" (Mt 26.35) ! “Tu peux compter sur moi. Tu me connais. Tu sais que je ne suis pas capable d’une chose pareille. Te renier, toi ! Le Christ, le Fils du Dieu vivant ? Faire comme si tu n’existais pas, comme si tu ne signifiais rien pour moi, alors que je te dois tout et que sans toi je ne suis rien ? Jamais de la vie ! Plutôt mourir !“ Pierre est tombé de haut et rien ne l’a retenu : ni ses imprécations, ni sa foi, ni son amour pour Jésus. Pour s’être surestimé de façon démesurée, il est tombé dans un gouffre incroyable.
Regardez-le. Il fait peine à voir. Il en a perdu son visage. Et pourtant, c’est à lui que Jésus a confié les clés du ciel : "Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre aura été lié au ciel, et ce que tu délieras sur la terre aura été délié au ciel" (Mt 16.19). "Je te donnerai..." Jésus savait que son disciple allait le renier, et il lui a quand même confié les clés de son royaume.
"Simon Pierre, m’aimes-tu ?" A trois reprises il lui pose la question, car à trois reprises le disciple l’a renié. Et, au lieu de lui arracher la clé des mains, il lui dira à trois reprises : "Nourris mes brebis ! Prends soin de mes agneaux !", parce que le disciple lui avait répondu : "Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime."
Jésus ne retire pas les clés au disciple qui l’a renié. Il ne rejette et ne disqualifie pas le serviteur qui le déçoit. La leçon pour nous, frères et soeurs ? Elle est simple. Vos pasteurs sont de pauvres pécheurs comme Pierre. Ils ont aussi leurs moments de reniements, leurs instants où ils se voilent la face parce qu’ils ont honte et qu’ils sont

brisés par le chagrin. Est-ce qu’ils cessent pour autant d’être les bergers que Jésus a appelés à son service, les pêcheurs d’hommes qui travaillent pour lui ? Non, trois fois non ! Jésus ne leur reprend pas les clés qu’il leur a confiées et par lesquelles ils doivent fermer la porte du ciel aux pécheurs impénitents et l’ouvrir aux pécheurs repentants.
Si Dieu retirait ses clés à tout serviteur commettant une faute, qui prononcerait sur nous l’absolution de nos péchés ? Qui nous apporterait ainsi la certitude que Dieu nous pardonne ? Qui nous annoncerait sa parole et nous bénirait en son nom ? Les fautes et les erreurs dont un pasteur peut se rendre coupable ne le disqualifient pas, aussi longtemps que ce sont des péchés de faiblesse qu’il va confesser à son Seigneur pour obtenir le pardon.
Alors, si nous aimerions parfois que nos pasteurs soient différents de ce qu’ils sont, qu’ils soient plus doués, plus rayonnants, plus charismatiques ; si nous nous heurtons à tel ou tel de leurs défauts, ne l’oublions pas : ils sont malgré leurs fautes et malgré ce que nous pouvons à tort ou à raison leur reprocher, les envoyés du Seigneur. Ils tiennent dans la main cette lourde clé que le Christ leur a confiée. Ils sont à son service aussi longtemps qu’ils savent se voiler la face dans un geste de repentance et qu’ils savent lui dire : "Seigneur, tu sais toutes choses. Tu sais que je t’aime".
Et ne l’oublions pas : nous avons besoin de cette clé. Jésus l’a dit et répété à ses disciples : "Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés. Et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." Jésus a confié à ses serviteurs les clés de son royaume parce que nous avons besoin de son pardon et que sans son pardon nous ne pouvons pas aller chez lui. Chaque fois que nous lui confessons nos fautes et que son serviteur prononce sur nous l’absolution, le Christ nous ouvre son paradis dont il a ouvert le passage par sa mort et sa résurrection. Cette clé que tiennent Simon Pierre et tous ceux que Jésus, après Simon Pierre, appelle à son service, elle est là pour nous : pour que le ciel soit ouvert aux pécheurs que nous sommes, pour que nous puissions passer par une porte grande ouverte et nous présenter devant le trône de Dieu et de l’Agneau, dans la Jérusalem céleste où il n’y aura ni pleurs ni larmes, parce que le Seigneur essuiera nos yeux. Nous ne connaîtrons plus ni honte ni chagrin, mais une victoire éternelle.
Jésus veut que nous ayons un jour un autre visage que celui-là. Il veut que, dès maintenant, nous cessions de nous voiler la face et ayons le regard plein de joie et de paix. Voilà pourquoi il place sur notre route des hommes qu’il charge de nous dire : "Je t’annonce le pardon de ton Dieu et te délie de tes péchés sur cette terre pour que tu en sois délié dans les cieux. Ne pèche plus et va dans la paix du Seigneur, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit". Amen !