59 rue principale 67140 HEILIGENSTEIN

Le message du pasteur sur

Psaume 25. 1-9 - 1er dimanche du Carême

Frères et soeurs, 

nous voici au 1er dimanche dans le Carême, un temps consacré plus particulièrement à un retour sur soi et à la méditation au pied de la croix. Rien d’étonnant donc à ce qu’un tel dimanche soit introduit par le psaume 25, dont le sujet n’est autre que la recherche du pardon de Dieu.
Dans cette première partie il sera question de ce que j’ai appelé "L’amnésie et la mémoire de Dieu". Nous verrons comment David – et chacun d’entre nous – peut solliciter l’une et l’autre dans son intercession.

"Tu es le Dieu de mon salut : je m’attends à toi chaque jour", écrit David. Dieu empêchera ses ennemis de se réjouir et de triompher et il répondra à l’attente, à l’espérance de son enfant en lui enseignant la vérité, en le conduisant dans cette vérité car il est le Dieu de son salut, il est celui qui peut sauver, qui seul peut sauver, et qui veut sauver !
C’est comme si David déclarait : "Eternel, je sais que tu veux mon salut, je sais que tu peux mon salut, je sais que tu vas me conduire dans la vie éternelle. Au nom de cette volonté qui est la tienne et qui fait la joie de mon coeur, je te prie de me conduire dans la vérité et de me l’enseigner ! " Bel exemple pour nous dans l’épreuve. Voyez comme nos demandes peuvent s’appuyer sur des bases solides, sur les garanties célestes qui nous sont promises dans l’Evangile ! Ces promesses qui élèvent nos yeux vers la croix du Sauveur, qui élèvent nos yeux vers la lumière du matin de Pâques et sa victoire sur la mort.
Pour parvenir au salut éternel, il faut connaître Dieu et il faut croire en Dieu. La foi est ce par quoi je m’empare des promesses de Dieu et en vis. Si je veux parvenir à la vie éternelle, il faut que je sois instruit. Ce qui signifie aussi, bien sûr, que l’homme qui se détourne de l’instruction que Dieu veut lui donner ne peut pas être sauvé. "La foi vient de ce qu’on entend", dit l’Ecriture, et c’est elle qui peut nous rendre sages pour le salut par la foi en Jésus-Christ. Car elle "est inspirée de Dieu et utile pour corriger, convaincre, instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit formé et équipé pour toutes oeuvres bonnes" (2Tm 3.15s).

Mais quelle est la source de toutes ces grâces ? “Si je te demande, Seigneur, de m’instruire, de me conduire dans la vérité et dans la fidélité, si je dis que tu es le Dieu de mon salut, si je confesse que j’ai mis en toi mon espérance, quelle en est la raison“ ?


Cette raison, ou la source de tout cela, c’est sa compassion, c’est sa bonté. "Éternel, écrit David, souviens-toi de ta compassion et de ta bonté, car elles sont éternelles" ! Et David parle à Dieu comme si c’était un homme, ou comme un homme parle à son ami : "Eternel, souviens-toi ! " C’est comme s’il avait un petit peu oublié… Alors il est vrai qu’un homme ne se souvient pas toujours de ses promesses, de ses engagements : il y a la fatigue, il y a l’oubli, il y a la distance, que sais-je… Bien sûr que Dieu n’oublie pas de lui témoigner sa bienveillance ; bien sûr qu’il n’est pas infidèle à son alliance ou même qu’il risque de devenir infidèle !
"Souviens-toi", demande David, ce qui veut sans doute dire : "Actualise dans ma vie ta compassion et ta bonté, fais pénétrer ces grâces dans mon existence, rends les présentes et agissantes, et fais-moi vivre de cela ! " Et si Dieu est éternel, sa compassion l’est tout autant, sa bonté ne peut pas cesser d’exister. On ne pourra jamais dire de Dieu qu’il a cessé d’être une seule seconde ce que l’Ecriture nous révèle à son sujet ! Sa bonté a-t-elle fait son temps ? Bien au contraire, elle est pour nous sans commencement ni fin, comme Dieu lui-même est pour nous, du commencement jusqu’à la fin de toutes choses ; elle ne cesse pas. Nous pouvons donc nous fier à sa grâce, nous pouvons faire appel à sa compassion et à sa bonté en tout temps, elles sont toujours là, disponibles pour celui qui les recherche avec foi, car elles trouvent leur source en l’Eternel, notre Dieu !
Et Dieu, qui nous a promis sa compassion et sa bonté il y a 2022 ans, et même davantage, est toujours lié à ses promesses. Ce qu’il nous a promis jadis par la bouche des prophètes et des apôtres est encore vrai de nos jours ; et Dieu ne revient pas sur ses promesses. Nous pouvons donc vivre de ses promesses comme en ont vécu les apôtres, les prophètes, les croyants de l’ancienne alliance et ceux de l’époque apostolique. Je n’ai pas à me demander si les déclarations de David sont encore vraies. Je n’ai pas à me demander si Dieu a changé : il est toujours le même, hier, aujourd’hui et éternellement.
Pour reprendre une image employée par le prophète Esaïe, la compassion et la bonté de Dieu sont encore plus solides et plus durables, "plus éternelles" (si l’on peut s’exprimer ainsi) que les montagnes qui sont précisément le symbole de la permanence et de l’éternité (Es 54.10)…

David vient de dire à Dieu : "Souviens-toi de ta compassion". Et maintenant, il lui demande de ne pas se souvenir de quelque chose, de ne pas se souvenir des fautes de sa jeunesse et de ses péchés. Il les confesse à Dieu, il ne les nie pas. Il le fait parce qu’il peut en appeler à la compassion et à la bonté de Dieu. Si je ne savais pas que Dieu est plein de compassion et de bonté, soit je nierais mes péchés, soit je fuirais Dieu avec une mauvaise conscience et avec peur !
David, au contraire, reste devant Dieu, il s’approche même de Dieu. Il ne nie pas ses péchés, il en est conscient. Autant des fautes de jeunesse dont le poids continue de hanter sa conscience, que des fautes et mauvais choix de l’âge mûr… Il y en a, mais il demande à Dieu de ne pas s’en souvenir. Et pourquoi ? Eh bien, il vient d’invoquer sa compassion et sa bonté, auxquelles il ajoute encore son amour : "Souviens-toi de moi en fonction de ton amour, à cause de ta bonté, Eternel ! " "L’Eternel est un Dieu de grâce et de compassion, lent à la colère, riche en bonté et en vérité" proclame Moïse, au moment de recevoir les tables de l’alliance (Ex 34).
"Ne te souviens pas des fautes de ma jeunesse… Souviens-toi de moi en fonction de ton amour". On demande à Dieu d’être amnésique pour une chose et d’avoir beaucoup de mémoire pour une autre… L’amnésie et la mémoire de Dieu…
En effet, si le Seigneur se souvient de nos péchés, nous sommes perdus ! "N’entre pas en jugement avec ton serviteur, écrit ailleurs David, car aucun vivant n’est juste devant toi" (Ps 143.2). Aucun pécheur ne peut subsister devant le Seigneur, si le Seigneur lui demande des comptes à propos de ses péchés ! Ne pas se souvenir des péchés signifient bien sûr ne pas les compter, mais au contraire les pardonner.
Et la parole a beaucoup de façons d’exprimer le pardon. "Tu as pardonné la faute de ton peuple, tu as couvert tous ses péchés", dit un psaume (85). Chez le prophète Michée, il est question de "les jeter au fond de la mer", et ailleurs de les laver, voire même de les effacer, de les enlever…
Ne pas les compter, ne pas s’en souvenir… Si le Seigneur déteste le péché et le mal, il aime par contre les pécheurs et veut les secourir. C’est pourquoi le psalmiste demande à Dieu, tout en ne se souvenant pas de ses péchés, de se souvenir de lui, David ! "Ne m’oublie pas ! Je te demande d’oublier mes péchés, mais moi, ne m’oublie pas ! " Donc le Seigneur fait clairement la différence entre le péché et le pécheur. Dieu est prêt à être amnésique pour le péché, mais s’il cessait de se souvenir du pécheur, ce pécheur serait en mauvaise posture, il serait perdu.
Et voyez aussi de quelle manière David interpelle son Dieu. En cela aussi il nous montre l’exemple. "Souviens-toi de moi en fonction de ton amour, Eternel ! " "Eternel", en hébreu : "Yahvé" ! Yahvé, le Dieu de l’alliance, le Dieu de la compassion. C’est le Dieu qui cherche la communion avec les hommes, qui veut entrer en relation avec eux, c’est le Père dont nous sommes les enfants et les héritiers. C’est le Dieu de l’alliance oui, qui se révèle à ses enfants et qui cherche leur salut, qui est fidèle à son alliance alors même que les croyants font preuve d’infidélité.

"L’Eternel est bon et droit, explique encore David, c’est pourquoi il montre aux pécheurs la voie à suivre. Il conduit les humbles dans la justice, il leur enseigne sa voie". C’est la confirmation que Dieu veut le salut de ses enfants, et il fait ce qu’il faut pour cela. Il les conduit sur le chemin qui y mène, et ce chemin passe par la repentance et la foi, bien sûr : il n’y a pas de salut sans foi, et donc sans repentance. Ce chemin passe aussi par la sanctification, c’est-à-dire par une vie qui plaise à Dieu : "Ce que Dieu veut, c’est votre progression dans la sainteté, écrit l’apôtre Paul" (1Thes 4.3).
Un pécheur est perdu si Dieu ne le délivre pas, s’il ne lui apporte pas le salut ou la délivrance. C’est pourquoi David n’a pas peur de parler des pécheurs : "Dieu montre aux pécheurs la voie à suivre". Et ensuite, il parle des humbles : "Il conduit les humbles dans la justice, il leur enseigne sa voie". Sans doute faut-il voir, dans ces humbles, les pécheurs qui se repentent devant Dieu, dont le coeur est brisé. En effet, ce ne sont pas ici les pécheurs grossiers, délibérés, impénitents ! Ce sont les pécheurs comme vous et moi, oserais-je dire, "les pécheurs croyants", c’est-à-dire les enfants de Dieu qui pèchent par faiblesse, parce qu’ils sont corrompus de nature. Oui, le mot humble est mis en parallèle avec celui de pécheur, ce qui montre bien que ce mot désigne ceux qui, tout en croyant en Dieu, pèchent encore par faiblesse. "Pécheurs et humbles" désignent les mêmes personnes dans notre verset. Ce ne peuvent donc pas être des pécheurs qui persistent dans leur mauvaise voie.
Ces pécheurs humbles, au coeur brisé, ne sont pas orgueilleux ; ils ne sont pas fiers de leur propre justice, ils ne sont pas arrogants, ils ne paradent pas devant Dieu. Ils restent conscients de leurs péchés (c’est pourquoi David dit à Dieu : "Ne te souviens pas des fautes de ma jeunesse") ; ils souffrent de se savoir pécheurs, ils le reconnaissent et l’avouent, et ils s’humilient devant Dieu en implorant son pardon. Ils désirent aussi, du même coup, devenir de meilleurs croyants, ils désirent progresser, grandir dans la sainteté. C’est pourquoi ils souhaitent marcher sur le chemin de la piété, mieux connaître la volonté du Seigneur et avoir la force de l’accomplir !
Si je veux grandir dans la sainteté, si je veux faire mieux dans l’accomplissement de la volonté de Dieu, il faut, primo : que je connaisse mieux cette volonté de façon à éviter toute erreur de jugement, de façon à ne pas commettre des choses qui sont condamnables alors que je ne le saurais pas, à ne pas non plus m’interdire des choses que j’ai le droit de faire (donc bienvenue aux formations et aux cercles bibliques) ! Mais il faut aussi, c’est la seconde condition : que le Seigneur me donne plus de volonté, plus de force pour accomplir sa volonté une fois que je la connais (donc bienvenue aux cultes et aux réunions de prière) ! J’en suis par moi-même incapable, c’est pourquoi je me tourne vers Dieu, sachant qu’il me conduira sur sa voie, une bonne voie.
Et ce que David demandait peu avant pour lui-même ("Fais-moi connaître tes voies, enseigne-moi tes sentiers ! "), il le sollicite maintenant pour tous les croyants en disant : "Dieu montre aux pécheurs la voie à suivre, il conduit les humbles dans la justice". Le croyant se sait toujours inséré dans le peuple de Dieu. Le croyant n’est pas un être individualiste qui ne s’occupe que de son petit salut à lui. Non, le croyant se sait toujours membre du peuple de Dieu et désire être une pierre vivante de l’Eglise. Et il sait que ce que Dieu lui offre chaque jour, il l’offre aussi à tous ceux qui invoquent son nom. Il se sait membre d’un peuple en marche qui va au-devant du même but et qui a le même Dieu. Voilà aussi pourquoi nous demandons à Dieu d’oublier tout ce qui ralentit et interrompt encore en nous cette marche vers l’avant.
Luther l’a bien compris, en commentant le Credo : "Je crois que je ne peux, par ma raison et mes propres forces, croire en Jésus-Christ mon Seigneur ni aller à lui… Je crois que dans cette Eglise, il me remet chaque jour pleinement tous mes péchés ainsi qu’à tous ceux qui croient". L’Eglise est donc partie prenante de la piété personnelle du croyant et il ne faudrait pas l’ignorer, ni le sous-estimer.
"Dis un mot, j’aurai la vie – dit un cantique ; dis à mon coeur humble et contrit : Tous tes péchés, je les oublie ; ma grâce seule te suffit" (Louons le Seigneur n°210.5). Méditons ces mots ! Gardons-nous aussi du "nombrilisme", n’imaginons pas que Dieu est seulement là pour nos petits besoins et nos aspirations personnelles, les besoins de notre famille ou de notre petite paroisse… Dieu possède un grand peuple qui lui appartient, frères et soeurs, et Dieu accorde à ce peuple les mêmes grâces qu’à moi qui ne suis qu’un membre de ce peuple. Et après le pardon, nécessairement il y a un chemin à suivre. Sans quoi le danger de l’immobilité ou de la rechute reste trop attrayant. En ce temps particulier qui s’ouvre devant nous et qui va nous mener vers la Semaine sainte, le Seigneur nous montrera le chemin à suivre pour parvenir à bon port. Amen.
"Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce que l’on peut comprendre, gardera votre coeur et vos pensées en Jésus-Christ". Amen !